Année 2016

Depuis 2010 la troupe des Z'Arts Cheffois offre tous les ans un spectacle-parcours dans les rues de notre village à l'occasion des journées du patrimoine. C'est évidemment l'humain qui est mis en valeur par les comédiens qui font revivre, le temps d'une soirée, les gens (les notables et les humbles) qui ont vécu à Cheffes. C'est pour leur rendre hommage qu'Alain Bouligand et André Grazélie ont réuni la documentation et écrit les textes. La Gazette de l'oie rouge vous invite à découvrir ces textes au fil des numéros. Avec le commandant Gaté évoqué lors du dernier numéro trois autres cheffois ont été tués dès le mois de septembre 1914, ils s’appelaient Henri Raimbault, Louis Troulé et Auguste Royer. Nous les avons fait revivre lors du spectacle patrimoine de septembre 2014. 

 

Après un vif échange entre la metteuse en scène et l’historien il est décidé de laisser la parole aux poilus et de ne pas faire un cours d’histoire. Pour cela il a fallu reconstituer les derniers jours de Henri Raimbault, Louis Troulé et Auguste Royer à partir du journal de marche et des opérations de leurs régiments respectifs et imaginer les lettres qu’ils auraient pu écrire à leurs proches :
Historien : J'appelle Henri Joseph RAIMBAULT né le 28 septembre 1886 à Champtocé de feu Auguste et de Grangé Jeanne ! Vous êtes du 335ème Régiment d'infanterie ?
Henri Raimbault : Appelez moi Henri. Affirmatif. Soldat de deuxième classe. 24ème compagnie du capitaine Lerebourg. J'ai fait mon service à Angers au 135ème, à la caserne Desjardins. De 1907 à 1909 ils m'ont nommé Tambour et ils m'ont même rappelé durant un mois fin toua 1912.
Historien : Bon alors vous ? Vous êtes où, début septembre ?
Henri Thibault : entre Nancy et Metz, un peu avant Pont à Mousson.
Historien : D'accord je vois alors vous vous mettez là.
Henri Raimbault : s'installe, il commence à écrire et dit à haute voix: Ma chère Marie Louise bien aimée...
Historien : J’appelle Louis Jérôme TROULÉ né le 11 avril 1893 à Cheffes de Emile Joseph Troulé et Vannier Louise !
Louis Troulé : Appelez-moi Louis !
Historien : Vous avez été incorporé au 77ème RI en 1913 pour le service militaire ?
Louis Troulé : Il me restait un an à tirer quand on est parti de Cholet pour le front.
Historien : Bon, vous étiez vers Condé sur Marne en septembre 14. Mettez-vous là.
Louis Troulé : commence sa lettre. Mes bien chers parents, j'ai bien reçu votre gentille lettre par le vaguemestre ce matin...Vous savez combien j'ai de la peine d'être loin de la ferme pour vous aider et combien j'ai la nostalgie de l'odeur des foins et des moissons que je n'ai pas pu faire avec vous cet été…
Historien : J'appelle enfin Auguste Adolphe ROYER né le 8 août 1883 à Avrillé de Adolphe Julien Royer et Anne Marie DAGUIN !
Auguste Royer : Appelez-moi Auguste. Je suis roulier à Cheffes.
Historien : Je vois 31 ans sur votre fiche et vous n'êtes pas dans la réserve ?
Auguste Royer : Ben faut croire que non, ils m'ont mis au 135 ème. J'avais fait partie du 3ème régiments de Zouaves en 1904, ils m'avaient envoyé en Algérie, après j'ai fait des périodes de réserve en 1908 et en 1913 à Angers
Historien : D’accord, le 135ème il est à droite du 77ème vous pouvez vous installer là.

Les soldats vont lire leur lettre au fur et à mesure qu’il écrive à leurs parents leur frère, leur fiancée, leurs femmes...

Auguste Royer : ... Mes chers parents. On est ma foi toujours en vadrouille depuis quelques jours et on est en train d'appuyer l'avancée du 77ème. On a croisé ce régiment l'autre jour et parmi la colonne y'avait le grand Louis le fils de Emile et Louise Troulé qui sont fermiers à Cheffes. On a parlé du pays. Ici ça va pas fort, on a stoppé la retraite et le commandant nous a lu l'ordre de Joffre. On a déjà perdu la moitié du régiment à la fin août et le généralissime Joffre veut qu'on passe à la contre-offensive... à outrance qu'il a dit.
Henri Raimbault : ...on a bien ri l'autre jour à la compagnie, le lieutenant est venu me voir avec une copie de ma fiche matricule, tu me croiras si tu veux mais lorsque j'ai été incorporé en 1907 à Angers le gratte-papier qui renseignait le registre a noté que j'avais les yeux roux. Les yeux roux ! Tu te rends compte ! Le lieutenant qui est un bon gars de la réserve m'a dit que tant que les militaires font des erreurs comme ça c'est pas trop grave. En tout cas on a bien rigolé et les copains m'ont chambré en me traitant de lapin Russe. Sont-ils bêtes...
Louis Troulé :...Nos officiers nous ont expliqué que le 77ème avait pour mission une marche en avant à la poursuite de l'armée allemande. C'est pourquoi je profite d'un petit moment de répit pour...
Auguste Royer : ...vous dire que dans le village qu'on a repris et tous les alentours, ça marmite très fort. On est à un carrefour autour d'une voie romaine et on tire sur les allemands qui sortent vers nous par petits groupes de 2 ou trois. Nos mitrailleuses les fauchent les uns après les autres. Ils continuent à sortir quand même ! C'est pas dieu possible…
Henri Raimbault : ...Le 11 septembre 1914. Il pleut sans discontinuer depuis deux jours. On a beau faire rien ne sèche et on est trempé jusqu'à l'os. Je te laisse ma bien aimée Marie Louise, le sergent vient de nous dire de prendre les armes et de laisser les sacs pour tenter une sortie. Ton Henri qui t'aime.
Louis Troulé : ...le 12 septembre 1914. Mes chers parents, j'espère que cette lettre vous trouvera en bonne santé. Ici c'est le grand manège et on s'amuse bien, croyez moi. La poursuite du boche continue, on a passé ce matin la Marne sur un pont de bateaux vers Condé. Ah c'était quelque chose : vous auriez vu cette organisation et ce matériel ! Ce soir, on est cantonné dans une ferme aux Grandes Loges. Vous me manquez. PS : J'ai croisé l'autre jour un gars de Cheffes qui est dans le régiment frère sur notre gauche. Il m'a dit que le boulanger de Cheffes, Henri Raimbaud était du côté de Nancy en août. Il est dans le 335ème. Il a de la chance c'est un régiment de réserve et normalement il ne monte pas en première ligne. Tant mieux pour lui. Votre fils qui pense à vous.
Henri Raimbault : ...dans un régiment de réserve qu'ils disaient ! Normalement c'est la planque. Sauf que là il paraît qu'on a des régiments de Bavarois du Kronprinz, le fiston à Guillaume II, juste en face de nous et qu'on doit tenir nos positions coûte que coûte. On est loin d'être planqués et on aura de la chance si on s'en tire.
Louis Troulé : ...Le 13 septembre 1914, hier soir, sur la route, on a remarqué des tranchées allemandes bien construites. On trouve un peu partout des voitures de matériaux, des planches, des caisses, de la literie, tous objets apportés par les allemands et qu'ils ont été obligés d'abandonner. Ce soir, il paraît que le régiment tout entier bivouaque dans les bois, même l'état-major !
Auguste Royer : Le 25 septembre. Mes chers parents. Vous vous souvenez du grand Louis Troulé le fils des cultivateurs à Cheffes. J'ai appris qu'il avait été tué le 13 septembre du côté de Prosnes. Faut dire que ça chauffe depuis ce jour-là dans le secteur. J'y suis en ce moment on arrête pas d'avancer et de reculer sous les obus et la mitraille. J'ai appris également que le petit Boulanger de Cheffes a été tué vers Bouxières aux Chênes avec plein de gars de chez nous.
Bon allez je vous laisse, on est revenu du côté de la voie romaine et le boche est toujours pas loin, leurs premières lignes sont à moins de 100 mètres de nous ce soir. Il parait que c'est le 12ème Corps Saxon. La dernière fois que j'ai entendu parler des saxons c'était à l'école quand on parlait des anglais, des normands et des vikings.

Historien : Auguste Royer n'en entendra plus parler des saxons. Le 26 septembre, des éléments du 12ème Corps Saxon attaquent vigoureusement, après une préparation d'Artillerie sur les tranchées au Nord de Prosnes, leur infanterie progresse par petits groupes de 2 ou 3 hommes. Le 27 septembre, le 135ème reprend le contrôle de la voie romaine... à la baïonnette. Auguste est tué ce jour-là. L'officier qui remplit le journal des marches et des opérations du 77ème régiment d'infanterie ( le régiment de Louis Troulé) note à cette occasion :

début de la guerre des tranchées.


 


 

mis à jour le 27/12/2016 à 16h42 par NEIL

Vous pouvez laisser un commentaire, une remarque ou une question concernant cette page, en vous connectant au site (en bas de la colonne de gauche).

Archives

Août 2019 (2) Juillet 2019 (5) Juin 2019 (6) Mai 2019 (9) Avril 2019 (8) Mars 2019 (9) Février 2019 (3) Janvier 2019 (3) Décembre 2018 (4) Novembre 2018 (3) Octobre 2018 (7) Septembre 2018 (6) Août 2018 (3) Juillet 2018 (3) Juin 2018 (3) Mai 2018 (1) Avril 2018 (6) Mars 2018 (5) Février 2018 (2) Janvier 2018 (2) Décembre 2017 (2) Novembre 2017 (1) Octobre 2017 (5) Septembre 2017 (7) Août 2017 (3) Juillet 2017 (2) Juin 2017 (10) Mai 2017 (4) Avril 2017 (3) Mars 2017 (3) Février 2017 (2) Janvier 2017 (1) Décembre 2016 (4) Novembre 2016 (6) Octobre 2016 (5) Septembre 2016 (7) Août 2016 (1) Juillet 2016 (2) Juin 2016 (5) Mai 2016 (6) Avril 2016 (8) Mars 2016 (10) Février 2016 (8) Janvier 2016 (5) Décembre 2015 (8) Novembre 2015 (5) Octobre 2015 (5) Septembre 2015 (8) Août 2015 (2) Juillet 2015 (4) Juin 2015 (10) Mai 2015 (5) Avril 2015 (4) Mars 2015 (9) Février 2015 (1) Janvier 2015 (3) Décembre 2014 (7) Novembre 2014 (9) Octobre 2014 (3) Septembre 2014 (9) Août 2014 (4) Juillet 2014 (7) Juin 2014 (8) Mai 2014 (5) Avril 2014 (7) Mars 2014 (8) Février 2014 (7) Janvier 2014 (1) Décembre 2013 (3) Novembre 2013 (4) Octobre 2013 (2) Septembre 2013 (5) Août 2013 (2) Juillet 2013 (4) Juin 2013 (13) Mai 2013 (3) Avril 2013 (6) Mars 2013 (5) Février 2013 (8) Janvier 2013 (3) Décembre 2012 (6) Novembre 2012 (10) Octobre 2012 (7) Septembre 2012 (7) Août 2012 (5) Juillet 2012 (9) Juin 2012 (12) Avril 2012 (3) Janvier 2012 (2) Décembre 2011 (1) Septembre 2011 (2) Juillet 2011 (3) Juin 2011 (3) Mai 2011 (1) Avril 2011 (2) Mars 2011 (1) Février 2011 (1) Janvier 2011 (1) Décembre 2010 (3) Novembre 2010 (3) Octobre 2010 (3) Septembre 2010 (7) Août 2010 (2) Juillet 2010 (7) Juin 2010 (10) Mai 2010 (4) Avril 2010 (1) Mars 2010 (4) Juillet 2009 (1)